Et quand pour la seizième fois en deux jours il lui dit “fais des bullet points” elle se saisit du Glock qu’elle gardait toujours dans son tiroir en cas de fils de pute et lui fit dans le front le dernier bullet point qu’il allait voir de sa vie. L’instant qui suivit, hébétée, elle ne voulut pas réaliser que dès que la nouvelle de “l’accident” se serait répandue, ils allaient se mettre à sa poursuite comme la meute de loups rétro attardés qu’ils étaient et ne plus lui laisser de répit avant qu’elle ait payé sa dette. Elle avait infiltré le milieu sans ambitions d’y grader, en pur observateur, et ça ils aimaient pas. Une fois que t’étais entré dans la famille de la pub, t’y restais. Elle avala d’un trait un verre d’Ovomaltine. Les mauvaises habitudes revenaient mais elle s’en foutait bien à l’instant, elle avait besoin d’avoir les idées claires.
Scène d’exposition: Lucy a un problème, elle n’a pas d’orgasmes.

Même les permanentes n’y font rien Docteur.
Le docteur, après un examen complètement crédible pendant lequel il s’est mis à quatre pattes sur une table tout à fait adaptée bien que dépourvue d’étriers (ladies? Anyone?), se retient d’examiner in situ le souci de Lucy, prétextant la probable désapprobation de l’ordre des médecins porno. Réticence déontologique que Lucy balaie d’un enjoué “if you wanna fuck me, fuck me!” et c’est parti. S’ensuit l’action, mais surtout, l’après.
Tous deux allongés sur la table d’examen, le docteur fume nonchalamment une cigarette tout en tripotant négligemment un sein qui passait à point nommé.

Mais Docteur, c’est mauvais le tabac. - Vous êtes communiste Lucy?
Je veux bien croire que ça ait existé. J’ai vu une fois un ambulancier, toutes sirènes enclenchées (un très probable cardiaque violacé dans le coffre) en train de fumer. Alors oui c’était en Grèce. Enfin peu importe, il est maintenant en mesure de poser son diagnostic, d’un ton docte et badin à la fois.
Dr. Dick McFuckister : Well, Lucy, you have a great pussy.
Lucy Frigidpussy, patiente : You mean, there’s nothing wrong with me?
Dr. DM : I didn’t say there was nothing wrong with you. I said you had a great pussy…
LF : Oh ?
Dr. DM : You have no clitoris.
LF : I have no WHAT ?
Dr. DM : Clitoris. You don’t have one.
LF : Are you sure?
Dr. DM : Trust me. I know one when I see one and it just ain’t there.
LF : Well, is that bad?
Dr. DM : Nooo. Unless you’d like to crack your cookies and pop your cork or ring your chimes or… have a clitoral orgasm.
LF : So that’s why nothing’s ever happened…
Dr. DM : Would you like one?
LF : Can I get one at Neiman Marcus?
Dr. DM : Huhu, I’m afraid not…
LF : Hihi.
Dr. DM : …but I’m sure glad to see you still have your sense of humour.
LF : Well a girl with no clitoris should be able to laugh … (fade out)
Ce film (dont j’ai du mal à trouver les références mais dont le synopsis vaut mille titres “approaching doctor for orgasm problem” ) qui laisse à peu près un tiers du temps d’écran à des dialogues assez rigolos soulève une question évidente: pourquoi à l’heure du LOL se prive-t-on de réunir plus souvent sexe et blagounettes?
Cela dit réciproquement je suis fondamentalement contre l’hypersexualisation, dont voici une splendide illustration:

TU ES DEJA ENCEINTE CATIN!

Je vois ça, je me dis “mais quelles plantes?” je tourne la tête, je découvre:

l’ikebana de l’apocalypse (la photo rend mal la couche de crasse qui se prélasse dessus) et voilà, ça faisait des mois que je venais tranquillement au bureau, maintenant je cauchemarde sur cette horreur.
C’est Delerm (père) à l’envers, un petit truc affreux du quotidien sur lequel il n’était pas du tout nécessaire d’attirer mon attention.
Je m’en remets donc à Marcel, vas-y chauffe, chauffe “L’habitude! aménageuse habile mais bien lente qui commence par laisser souffrir notre esprit pendant des semaines dans une installation provisoire; mais que malgré tout il est bien heureux de trouver, car sans l’habitude et réduit à ses seuls moyens il serait impuissant à nous rendre un logis habitable.”